Cet endroit a quelque chose de particulier, les façades de verre de Jean Nouvel laissant volontairement deviner, en longeant le bâtiment boulevard Raspail, qu'il s'y trame quelque chose, et que ce quelque chose a certainement à voir avec de l'art contemporain.

Après, entre autres, les sculptures hyperréalistes de l'australien Ron Mueck - qu'on ne pouvait d'ailleurs qu'entrapercevoir depuis la rue, occultées par une file nourrie et continue d'amateurs et curieux qui s'étaient donné le mot et ont tous accouru à cette exposition - on peut désormais reconnaître, profitant d'une affluence nettement plus raisonnable - il faut dire que ce qui est proposé est peut-être un peu moins accessible - les longues vues de Guilt, oeuvre multimédia de l'américain Gary Hill, placées sur des colonnes dans la grande salle, s'offrant aux passants et les incitant à entrer, poser leur oeil sur un des oculaires, voir, entendre... et tâcher de comprendre.

Mais une fois la porte d'entrée de la Fondation passée, ce sont des coups de fouet déchirant le quasi-silence du rez-de-chaussée, provenant de la salle à droite, plongée dans l'obscurité, qui intriguent. Est-ce un dompteur en pleine action ? ou une scène SM ? Les spectateurs - la seule chose que l'on distingue depuis l'extérieur de la salle, un avant-goût de ce qui nous y attend - fixent droit devant eux, médusés.

Frustrum, une intense oeuvre multimédia, réalisée par Gary Hill pour la Fondation, y est offerte à leurs sens.

Un aigle projeté sur un écran géant, en images de synthèse, majestueux, reste serein malgré sa situation de prisonnier de la structure métallique d'un pylône électrique. Serein et agressif - un aigle n'est-il pas déjà morphologiquement agressif ? - il bat de ses ailes puissantes à intervalles irréguliers ; ses mouvements font violemment onduler les quatre fils électriques qui semblent relier le spectateur au pylône, comme si, ce faisant, il le cinglait. Ces ondulations sont agrémentées (!) du son du claquement de fouet, archi-réaliste. La scène se reflète dans un bassin d'huile dont la surface réagit au gré de ces battements d'aile, ondulant et brouillant la réflexion. Au centre de ce bassin brille un pavé en or, très précisément éclairé. L'inscription qui y est gravée est affichée en zoom sur un écran au premier étage :

For everything which is visible is a copy of that which is hidden

Les symboles y sont nombreux (l'aigle - emblème américain, l'or, le pétrole, le fouet - conquête de l'ouest) et au delà du message évidemment politique, l'expérience multimédia reste unique - une épreuve ! -, Gary Hill engageant ici physiquement le spectateur à sentir les limites entre le réel et l'irréel. Il y manque peut-être juste un peu d'interactivité ; c'est d'ailleurs la première question que je me suis posée en entrant dans la salle : est-ce que le comportement de l'animal est associé aux déplacements des spectateurs ?

Du 27 octobre 2006 au 4 février 2007 à la Fondation Cartier
261, boulevard Raspail - 75014 PARIS

Plus d'infos sur Wikipédia à propos de Gary Hill.